Au Creux Chêne, quelque chose a commencé



Il y a des réunions qui servent à organiser.

Et il y en a d’autres qui révèlent.

Notre première réunion autour de la création de l’association, à l’Auberge du Creux Chêne, n’a pas seulement permis de poser des bases, de parler statuts, rôle de chacun, charte ou fonctionnement. Bien sûr, tout cela compte. C’est nécessaire. C’est même précieux. Mais ce qui s’est passé ce jour-là allait bien au-delà.

Quelque chose de plus profond était là.

Il y avait, dans nos échanges, une qualité rare. Une écoute. Une simplicité. Une envie sincère de faire juste. Pas de faire grand pour faire grand. Pas de construire une structure pour le plaisir d’avoir une structure. Mais de répondre à quelque chose de vivant. Quelque chose qui nous dépasse un peu, tout en nous reliant très concrètement les uns aux autres.

Nous nous sommes retrouvés à cet endroit, à ce moment, avec des parcours différents, des sensibilités différentes, des mots parfois différents aussi, mais avec un fond commun très clair : le besoin de préserver ce qui mérite de l’être, de transmettre ce qui a du sens, et de recréer du lien dans un monde qui, à bien des endroits, vacille.

Un monde qui perd ses repères, oui.
Mais peut-être surtout des repères qui, depuis longtemps, étaient construits sur des bases fausses, artificielles, coupées du réel, du vivant, du bon sens, de la parole simple et du respect profond des choses.

Et pendant que certaines structures se fissurent, autre chose cherche à naître.

Quelque chose de plus vrai.
De plus sobre.
De plus humain.

De plus bienveillant.
De plus responsable aussi.

Je crois profondément que ce que nous avons commencé à faire ensemble ce jour-là s’inscrit dans cette dynamique-là.

À notre petite échelle, sans prétention, sans slogan vide, sans grand théâtre — mais avec sincérité.

Car au fond, protéger un lieu comme la Hingrie, ce n’est pas seulement défendre des arbres, des chemins, des sources, des bêtes, des traces du passé ou un certain équilibre paysager. C’est aussi défendre une manière d’habiter le monde. Une manière d’être en lien. Une manière de décider. Une manière de prendre soin. Une manière de rester humains, dans le meilleur sens du terme.

Ce qui m’a touché dans cette rencontre, c’est qu’au-delà des points abordés, des idées formulées, des décisions prises ou à venir, il y avait une énergie commune. Une énergie ni molle, ni dominatrice. Une énergie de construction. De bon sens. D’ancrage. Une envie de faire ensemble, avec sérieux mais sans se prendre au piège de la lourdeur. Avec cœur, mais sans mièvrerie. Avec vigilance, mais sans agressivité.

Et cette qualité-là n’est pas si fréquente.

Alors oui, je mesure la chance que nous avons.

La chance de nous être rencontrés.
La chance d’être là.
La chance de pouvoir nous parler franchement.
La chance de sentir que quelque chose peut se construire dans la confiance, dans l’intelligence collective, dans le respect des différences.

Je ne vois pas cette association comme une simple formalité administrative. Je la vois comme un point de départ. Comme une forme modeste mais réelle d’engagement. Comme un contenant qui peut nous aider à faire exister quelque chose de juste, de vivant, de solide, sans jamais perdre l’esprit du lieu.

Et j’espère sincèrement que cela se sentira dans ce que nous allons bâtir ensemble.

J’en profite aussi pour vous dire merci. Merci pour votre présence, votre qualité d’écoute, votre manière d’être là, chacun à votre façon. Merci pour la confiance implicite qui commence à circuler. Merci pour cette base humaine, qui pour moi est bien plus importante encore que n’importe quel document.

J’espère également que ce premier format du site, ces premières mises en page, ces premières propositions vous plairont. Mais surtout, j’espère que vous vous sentirez totalement à l’aise pour relever les détails, les maladresses, les erreurs, les ajustements à faire. Vraiment. Sans aucune gêne.

J’ai besoin de ça.

Quand un projet me porte, j’ai tendance à prendre beaucoup de place. C’est vrai. C’est ma nature. J’y mets de l’énergie, de l’élan, de la vision, parfois beaucoup. Mais cela ne vient jamais d’une logique de pouvoir. Au contraire. Ce qui m’importe, c’est la collaboration. Le fait de construire avec vous, pas devant vous. D’avancer en équipe, avec franchise, avec confiance, avec des retours vrais.

Donc surtout : dites, notez, corrigez, ajustez.
Soyez pleinement là, derrière, dedans, avec moi.
Pas comme des contrôleurs, mais comme ce que vous êtes déjà en train d’être : une vraie équipe.

Et rien que pour ça, déjà, cette première réunion valait beaucoup.

Laurent Delmas



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